Chine/Politique économique/Croissance économique
En 2004, Pékin annonçait un grand changement dans le modèle économique du pays qui ne serait plus basé sur les investissements et les exportations mais serait mené par la consommation. En dépit des promesses répétées et des politiques visant au rééquilibre, l’économie chinoise a brusquement pris la direction opposée. Nicholas Lardy, économiste, examine dans son dernier livre pourquoi, et ce qui peut être fait pour rectifier le tir. Son ouvrage corrige à la fois le triomphalisme de plus en plus entendu à Pékin et les prédictions d’un effondrement imminent entendu à l’étranger. Pour l’auteur, les réformes en attente révèlent que la gestion par le consensus des dirigeants de Pékin est réticente à se confronter à des vérités qui dérangent (Financial Times, 22 Janvier 2012)
Nicholas Lardy’s account of China’s economy* is dry but nonetheless important Le point de vue de Nicholas Lardy* sur l’économie chinoise est sévère mais néanmoins important
En 2004, Pékin annonçait un grand changement dans le modèle économique du pays qui ne serait plus basé sur les investissements et les exportations mais serait mené par
Mais quelque chose s’est mal passée. En dépit des promesses répétées et des politiques visant au rééquilibre, l’économie chinoise a brusquement pris la direction opposée. Nicholas Lardy, économiste, qui a commencé à écrire sur la Chine quand Mao Zedong était au pouvoir il y a quatre décennies, examine dans son dernier livre pourquoi, et qu’est qui peut être fait pour rectifier le tir. Que la Chine ait besoin de le faire pourrait sembler étonnant. Pendant que d’autres nations sont embourbées dans la crise, l’économie chinoise a cru de 9,2% l’année dernière et le gouvernement est dans une insolente santé financière.
Nicholas Lardy lève le voile sur les failles. Son ouvrage corrige à la fois le triomphalisme de plus en plus entendu à Pékin et les prédictions d’un effondrement imminent entendu à l’étranger. Mais il est dense. En introduction du premier chapître, il prévient franchement qu’il est « sévère et technique mais néanmoins important » - une description qui correspond bien à l’ouvrage dans son ensemble.
Dans les années 1990, la Chine était un marché émergent type, bien que d’une taille colossale. A partir de 2003, elle est devenue « une exception manifeste». Les excédents commerciaux ont augmenté, les investissements ont explosé et la banque centrale dans une intervention sans précédent s’est efforcée d’empêcher le renminbi de s’apprécier.
Il est clair que si la Chine suit cette même voie, elle va nuire aux autres économies, particulièrement aux Etats-Unis et à l’Europe, faisant baisser les perspectives de croissance pour les exportateurs. A plus long terme, ses dysfonctionnements pourraient aboutir à un sévère ralentissement.
Les déséquilibres les plus apparents sont sur deux aspects qui sont malheureusement connus des observateurs de la Chine mais qui méritent d’être rappelés.
La consommation individuelle dans la part de l’économie est tombée de 46% dans les années 1990 à environ 35% aujourd’hui. Le Japon, la Corée du Sud et Taiwan ne sont pratiquement jamais tombés en dessous de 50% dans leurs étapes de développement de croissance. Le revers d’une consommation basse, c’est un record d’investissements. Pékin peut être fier de ses aéroports et de ses autoroutes mais des propriétés vides dans le pays montre à l’évidence une mauvaise localisation du capital à une grande échelle.
Ensuite, on a les réserves en monnaies étrangères Avec 3,2 trillions de dollars, elles sont trois fois plus importantes que celles du Japon, le seconde plus grande économie mondiale, et souvent vues comme un signe de force. Au contraire, les réserves sont si énormes que le gouvernement peut seulement engager petite part pour un usage productif à l’étranger. Et leur taille est une mesure de la fiscalité indirecte que la banque centrale inflige aux ménages pour maintenir le renmimbi bas.
Quelle est alors la solution ? s’interroge l’auteur. Economiquement c’est simple : booster la consommation et réduire l’investissement. Un moyen qui a été mis en place depuis près d’une décennie. La part difficile est de mobiliser la volonté politique.
Le gouvernement n’est pas resté entièrement inactif toutefois. Il a commencé à établir un Etat providence, essayant de faire en sorte que les gens économisent moins et dépensent plus. En 2009, l’assurance médicale de base dans les zones rurales concernait 833 millions de citoyens, soit 10 fois plus qu’il y a 5 ans.
Néanmoins les programmes sociaux ne sont qu’une partie du travail. Ce qui affecte réellement l’économie, ce n’est pas un excès d’épargne pour les soins médicaux ou la scolarisation mais plutôt des revenus insuffisants. Une baisse de revenus personnels par rapport à l’ensemble de la croissance compte pour environ ¾ des déséquilibres de Chine.
Pékin a réclamé une hausse minimum des salaires, mais il faudra plus que çà pour augmenter les niveaux de revenus. Nicholas Lardy voit les taux d’intérêt comme levier crucial pour réformer.
Le gouvernement maintient le taux de dépôt artificiellement bas. Depuis 2003, les épargnants ont perdu de l’argent dans le système bancaire tandis que l’inflation dépassait les taux d’intérêt. Et beaucoup de gens ont de fait considéré que détenir des habitations multiples était un meilleur moyen d’engranger de
Nicholas Lardy explique aussi que, avant que les taux d’intérêt soient libres, la Chine devra assouplir son taux de change pour empêcher une pression intolérable sur la banque centrale. Et pourtant les exportateurs et le ministre du commerce s’opposent à une réforme monétaire.
Le seul argument qui pourrait prévaloir pour Nicholas Lardy est que le coût de l’inaction va augmenter. Même si c’est difficile de passer du temps dans des débats sur la dette en Europe ou aux Etats-Unis, la Chine n’est pas freinée par le processus démocratique. Comme Nicholas Lardy lucidement et même brutalement le fait remarquer, les réformes en attente révèlent que la gestion par le consensus des dirigeants de Pékin est réticente à se confronter à des vérités qui dérangent.
*“Sustaining