Chine - Allemagne : de nouvelles relations économiques et politiques?

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chine-allemagne.jpgDans une note de politique de l’European Council on Foreign Relations, Hans Kundnani et Jonas Parello-Plesner font valoir qu’une relation spéciale entre l’Allemagne et la Chine est en train de se développer. « Les relations futures de l’Europe avec la Chine seront déterminées par les relations bilatérales de l’Allemagne qui évoluent rapidement. Le danger de ces nouvelles relations spéciales est qu’elles pourraient dominer les intérêts stratégiques et économiques européens », estime l’un des auteurs. Ces relations sont importantes pour l’Europe et devraient être développées dans le cadre d’un « réel » partenariat stratégique européen avec la Chine. « Les chinois se demandent si une « Europe allemande » va sortir de la crise de l’euro. Ils voient de plus en plus Berlin comme le lieu où se font les choses », estime Jonas Parello-Plesner. Au cours de 2010, le commerce de l’Allemagne avec la Chine a progressé de 34% à 181 milliards de dollars. La Chine est à présent le deuxième plus grand marché pour les exportations allemandes en dehors de l’UE. Néanmoins, la Chine sait qu'elle n'a pas seulement besoin de l'Allemagne, la France aussi est un partenaire ; il est toutefois difficile de prédire quel impact aura le nouveau président français (ECFR, 14 Mai 2012)

China and Germany: a new special relationship? La Chine et l’Allemagne : de nouvelles relations ?

Chine et Allemagne : pourquoi les relations spéciales qui se développent sont importantes pour l'Europe

L’augmentation du commerce entre la Chine et l’Allemagne au cours de la dernière décennie et plus particulièrement des exportations allemandes vers la Chine – a dépassé toute prévision. L’Allemagne est le premier partenaire commercial de la Chine en Europe et la Chine est la première destination pour les investissements étrangers des sociétés allemandes.

Basée sur cette symbiose économique émergente entre la Chine et l’Allemagne, une « relation spéciale » est en train de se développer. Mais est-ce que ce sont des  relations commerciales dommageables pour des intérêts stratégiques européens plus larges dans des domaines tels que la politique étrangère, l’énergie et les matières premières, le changement climatique et les droits de l’homme ?

Dans une nouvelle note de politique de l’European Council on Foreign Relations (ECFRR), Hans Kundnani et Jonas Parello-Plesner expliquent qu’une relation spéciale entre l’Allemagne et la Chine est en train de se développer.

- La Chine a besoin de technologie et l’Allemagne a besoin des marchés. Les similarités structurelles et les intérêts économiques partagés sont des éléments clés pour cette relation spéciale émergente qui s’est intensifiée depuis la crise économique de 2008. Mais les sociétés chinoises vont donner lieu à une plus grande concurrence dans le futur et les conflits commerciaux vont vraisemblablement s’intensifier.

- L’approche allemande de la Chine est surtout guidée par des intérêts économiques et les besoins de ses exportateurs. La politique étrangère de l’Allemagne est basée sur l’idée que l’échange économique devrait conduire à un changement politique et sociétal en Chine.

- La Chine voit l’Allemagne comme le pays le plus utile pour son développement économique. L’Allemagne est un partenaire intéressant de par son premier rôle dans l’Union européenne, des perspectives  stratégiques similaires mais aussi à cause de la dépendance accrue de l’Allemagne à la Chine.

« Les chinois se demandent si une « Europe allemande » va sortir de la crise de l’euro. Ils voient de plus en plus Berlin comme le lieu où se font les choses », estime Jonas Parello-Plesner.

« Les relations futures de l’Europe avec la Chine seront déterminées par les relations bilatérales de l’Allemagne, qui évoluent rapidement. Le danger de ces nouvelles relations spéciales est qu’elles pourraient dominer les intérêts stratégiques et économiques européens », estime pour sa part Hans Kundnani.

Les auteurs font valoir que les relations spéciales émergentes sont importantes aussi pour l’Europe et devraient être développées dans le cadre d’ un « réel » partenariat stratégique européen avec la Chine.

L’Union européenne devrait identifier où l’Europe peut aider l’Allemagne. Par exemple, l’Union européenne peut apporter de la valeur ajoutée en développant de meilleurs investissements et l’application des règles sur les marchés publics ; elle devrait faire jouer la voix de l'UE dans ses négociations concernant l’accès aux matières premières.

Une approche conjointe de l’UE envers la Chine requiert une meilleure coordination parmi les états membres et l’implication des institutions européennes. L’UE devait aussi explorer de nouvelles formulations de contrats avec la Chine

Les Etats membres devraient charger l’European External Action Service (EEAS) du développement d'une nouvelle approche de la Chine du sommet à la base. Son haut représentant devrait coordonner la politique Europe Chine dans des domaines tels que le commerce et le changement climatique.

Cette Note représente les vues de ses auteurs, et non la position collective de l’ECFR ou des membres de son Conseil

http://ecfr.eu/page/-/ECFR55_CHINA_GERMANY_BRIEF_AW.pdf

New York Times

Certains aspects des liens que sont en train de nouer les deux pays peuvent se résumer en ces mots "Marx et Mercedes", rapporte le New York Times sur la base d'un e-mail de l'un des auteurs de la Note ci-dessus.

"Il est préférable de coopérer avec l'Allemagne que de donner de l'argent à des pays qui ont des problèmes avec leurs économies réelles", rapporte encore le New York Times citant une déclaration d'un chinois anonyme aux auteurs.

La Chine sait qu'elle n'a pas besoin que de l'Allemagne en Europe, la France aussi est un partenaire fort. Mais il est difficile de prédire quel impact aura le nouveau président français François Hollande, déclarait Hans Kundnani, comme rapporté dans le New York Times. Les leaders chinois voyaient l'ancien président Nicolas Sarkozy comme une sorte de "clown", poursuit Hans Kundnani, "Peut-être, François Hollande va-t-il améliorer l'image de la France en Chine. Ceci dit, les allemands semblent apprécier l'austérité et l'approche allemande de la crise de l'euro, aussi peut-être verront-ils la tentative de François Hollande de ralentir l'austérité comme malavisée".

Se référant à un livre d’Eric Dupin, « La Victoire empoisonnée », le journal Le Monde dans son édition du 14 Mai 2012 citait François Hollande à propos de la Chine "J'en suis arrivé à un moment où je pense qu'il faut nommer l'adversaire, confiait-il au journaliste au cours d'un déjeuner, le 30 mars. Je l'avais fait pour la finance. Il faudra le faire pour les Chinois. Le problème, il est chinois. Ils trichent sur tout. Sur la monnaie, en matière de recherche. La difficulté, c'est que beaucoup de grandes entreprises vivent avec des contrats chinois. Ce sont elles qui empêchent que nous soyons plus fermes à l'égard des produits de ce pays. Mais il faudra ouvrir le conflit en ayant le soutien d'un certain nombre de pays européens." Voilà qui paraît, en effet, frappé au coin du bon sens : lorsqu'on lance l'assaut contre un géant, autant avoir quelques solides alliés à ses côtés. Malheureusement, constatait le futur président, "là aussi, c'est compliqué. Les Allemands ont quand même beaucoup d'intérêts en Chine et d'autres pays, moins".

Faits majeurs :

La force des liens entre l’Allemagne et la Chine remonte à  Juin 2011, quand M. Wen Jiabao a visité Berlin, avec 13 ministres et a tenu une réunion conjointe de cabinet.

Près de la moitié des exportations européennes vers la Chine proviennent d’Allemagne.

Près d’un quart des importations européennes en provenance de Chine sont destinées à l’Allemagne

Au cours de 2010, le commerce de l’Allemagne avec la Chine a progressé de 34% à 181 milliards de dollars. La Chine est à présent le deuxième plus grand marché pour les exportations allemandes en dehors de l’UE.

La demande chinoise est particulièrement élevée pour les machines et les voitures ( la Chine est le plus grand marché pour les Mercedes ‘S’ Class large saloon cars et les responsables chinois roulent à Pékin en Audi.

L’Allemagne a essayé de développer une approche stratégique européenne envers la Chine mais ses efforts n’ont pas porté leurs fruits.

Traduction intégrale Ma. Padioleau

Source : ECFR publications, par Jonas Parello-Plesner et Hans Kundnani, 14/5/2012, New York Times, 16/5/2012, Le Monde 14/5/2012)

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