BRIC : stratégie de la Chine vis à vis de l' Afrique, des Etats-Unis et de l'Inde

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Pourquoi la Chine a-t-elle proposé à l’Afrique du Sud de devenir membre du BRIC ? C’est à cette question que tente de répondre M.K. Bradrakumar dans Asia Times. Cette décision n’a pas seulement des fondements économiques, elle est bien évidemment basée sur des considérations stratégiques. L’Afrique du Sud est une porte ouverte sur tout un continent, pour le commerce et les investissements et pour des incursions géopolitiques. La Chine défie les Etats-Unis. Pour l’Inde qui espère le soutien des Etats-Unis au Conseil de Sécurité des Nations Unies, le dilemme sera d’autant plus fort si le BRICS va vers une position commune sur des sujets internationaux qui vont contre le poids des stratégies internationales américaines (Asia Times, 4 Janvier 2011).

BRIC : stratégie de la Chine vis à vis de l'Afrique, des Etats-Unis et de l'Inde 

Le 24 décembre 2010, la Chine a invité l'Afrique du Sud à se joindre au BRIC ? ce groupe de grands pays émergents associant le Brésil, la Russie, l'Inde et la Chine. Le chef de la diplomatie chinoise, Yang Jiechi, et la ministre sud-africaine des Affaires étrangères, Maite Nkoana-Mashabane ont confirmé l’information. Le président chinois M. Hu Jintao a de plus adressé une lettre au président sud-africain, Jacob Zuma, l'invitant à assister au troisième sommet des dirigeants des BRIC(S) au premier trimestre 2011 en Chine.

Il semble évident que Pékin a pris là une position intelligente, estime M.K. Bradrakumar dans Asia Times. Cette décision de faire de l’Afrique du Sud un nouveau membre du BRIC n’a pas seulement des fondements économiques, elle a bien d’autres dimensions. Elle était extrêmement importante politiquement, du fait du potentiel géopolitique, et elle est bien évidemment basée sur des considérations stratégiques.

Le prochain sommet du BRIC - ou BRICS - est prévu en Avril 2011à Pékin.

Alors pourquoi l’Afrique du sud qui - si on considère la taille de son économie, sa croissance ou sa population - arrive loin derrière la moyenne du BRIC. « Ce n’est pas totalement évident pour moi la raison pour laquelle le BRIC devrait demander à l’Afrique du Sud de se joindre au groupe. Comment l’Afrique du sud pourrait être vue comme une grande économie, estimait Jim O’Neill de Goldman Sachs et guru du concept du BRIC. Celui-ci estime que le Nigeria était mieux placé pour çà. Le PNB de l’Afrique du Sud est en effet d’environ 285 milliards $ comparé à la Russie ou l’Inde (1 600 milliards $), le Brésil (2 000 milliards $) et la Chine (5 500 milliards $).

La Chine, poursuit M.K. Bradrakumar, en fait savait que l’Afrique du sud était intéressée à rejoindre le BRIC et Pékin préparé à montrer qu’il était prêt tout faire pour protéger les intérêts de son premier partenaire africain.

« Quand j’ai créé cet acronyme, je ne m’attendais pas à ce qu’un club politique des pays du BRIC seraient formé à partir de là », ajoutait Jim O'Neill. Celui-ci ne souhaitait pas que le BRIC évolue vers un bloc économique et commercial comme l’Union européenne ou l’ASEAN.

L’Inde pour sa part va être confrontée à des choix stratégiques si le groupe prend cette orientation politique. Le ministre des affaires étrangères indien pour l’instant n’a rien dit.

La Russie et le Brésil on approuvé la décision chinoise tout en notant la signification politique de la décision. Le ministre russe des affaires étrangères a déclaré que l’Afrique du sud est un pays leader en Afrique et que son entrée dans le BRIC est en ligne avec « l’émergence d’un système international polycentrique ».

L'Inde met ainsi de plus en plus d’espoir dans le soutien des Etats-Unis dans sa requête pour devenir membre du Conseil de Sécurité des Nations Unies et procède actuellement à des ajustements de sa politique extérieure de façon à obtenir l’accord de Washington. Son dilemme sera d’autant plus fort si le BRICS va vers une position commune sur des sujets internationaux qui vont contre le poids des stratégies internationales américaines.

La chose la plus logique aurait été de simplement fusionner le BRIC et l’IBSA (India, Brazil and South Africa). Mais l’Inde semble en avoir abandonné l’idée. “l’IBSA a une personnalité par elle-même, le BRIC a été conçu par Goldman Sachs », expliquait le premier ministre indien il y a quelques mois.

L’Inde voit ses intérêts en Afrique rencontrer ceux de la Chine. Delhi a ainsi décidé que l’Afrique serait une de ses 3 plus importantes cibles de politique extérieure en 2011. M Barack Obama avait lors de son voyage en Inde en Novembre 2010 recommandé à l’Inde de coopérer étroitement avec l’Afrique. Le ministre des affaires étrangères indien, S M Krishna, expliquait que l’Inde se trouvait enfermée dans une rivalité avec la Chine. « La Chine montre plus d’intérêt que la normale dans l’océan indien et nous la surveillons avec attention ».

La décision de Pékin de faire entrer l’Afrique du Sud dans le BRIC devance la collaboration américano indienne. On ne s’attendait pas non plus à ce que Pékin agisse si vite. Pékin a ainsi estimé que le temps était venu d’étendre le BRIC pour qu’il puisse jouer un rôle plus important sur le plan mondial.

Durant la première décennie du siècle, le BRIC a contribué pour 27,8% à la croissance du PNB mondial en termes de dollars. D’après Goldman Sachs, le BRIC va contribuer pour environ 49% du PNB mondial d’ici 2020.

En fait la Corée du Sud, le Mexique et la Turquie (chacun comptant pour 1% du PNB mondial) ont plus de raisons de rejoindre le BRIC. L’économie de l’Afrique du sud avec ses 285 milliards $ est peu comparable avec les 830 milliards de la Corée du sud, 615 milliards $ de la Turquie et 875 milliards $ du Mexique. Mais l’Afrique du Sud présente un argument de poids, c’est une porte ouverte sur tout un continent, pour le commerce et les investissements, et pour faire des incursions géopolitiques.

Avec cette décision de faire entrer l’Afrique du Sud dans le BRIC, la Chine défie les Etats-Unis et les obligent à retravailler leur stratégie africaine. Comment contrôler les « global commons » dans l’Océan indien sans un point d’ancrage au cap de bonne espérance ? Pékin a coordonné étroitement ses options de politique étrangère avec Moscou et l’initiative de justifier l’entrée de l’Afrique du Sud en tant que future puissance mondiale peut être vue comme une décision conjointe pour défier les stratégies américaines en Afrique et dans l’océan indien, conclut  M.K. Bradrakumar.

(Extr. de Asia Time par M.K. Bradrakumar, ancien diplomate au Service des Affaires étrangères indien, 4/1/2011)

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