Quelles conséquences pour la Chine et l 'Inde si les Etats-Unis venaient à perdre le Pakistan

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James Overdorf analyse dans Global Post les conséquences d’une éventuelle cession par les Etats-Unis de la gestion militaire au Pakistan, au profit de la Chine. En dépit des inquiétudes quant à l’influence croissante de la Chine dans la région, "perdre" le Pakistan – manœuvre audacieuse improbable mais pas impossible – pourrait être la décision la plus profitable que Washington ait prise dans sa guerre contre le terrorisme depuis le 11 Septembre et l’Inde pourrait en bénéficier même plus que les Etats-Unis (Global Post, 8 Août 2011)

Quelles conséquences pour la Chine et l’Inde si les Etats-Unis venaient à perdre le Pakistan

Will the US lose Pakistan to China? Est-ce que les Etats-Unis vont “perdre” le Pakistan au profit de la Chine?

Retrait d’Afghanistan

Avec un retrait annoncé d’Afghanistan par les Etats-Unis, l’Inde s’est trouvée partagée entre se réjouir de ce que Washington veuille maîtriser la gestion militaire pakistanaise et en regretter les retombées si l’Amérique « perd » le Pakistan au profit de la Chine.

A la différence des Etats-Unis qui peuvent prendre leurs fusils et rentrer chez eux, l’Inde en effet devra gérer la fin de la guerre en Afghanistan et le radicalisme pakistanais au cours de la prochaine décennie. Une résurgence des Talibans et le retour à un régime islamique radical à Kaboul, pourrait créer un nouveau refuge sûr pour des groupes terroristes anti-indiens comme Lashkar-e-Taiba -, l’organisation terroriste basée au Pakistan responsable des attaques de Novembre 2008 à Mumbai.

Quelques analystes craignent que alors même qu’ Islamabad travaille à conduire les Talibans vers un accord de paix en Afghanistan, les leaders Taliban puissent aider à la formation d’un accord entre le Pakistan et divers groupes terroristes locaux comme Tehrik –i-Taliban, unifiant les différentes organisations jihadistes pour se focaliser sur l’Inde, explique le professeur Sumit Ganguly de l’Indiana University.

En réalité, le Etats-Unis ne vont pas tout arrêter et partir en 2014, mais ils réduiront leur présence et convertiront leurs opérations contre l’insurrection en « contre terrorisme plus », déclare Christine Fair, professeur à la Georgetown University's Center for Peace and Security Studies. La décision récente des Etats-Unis de réduire de 800 milliards $ l’aide militaire au Pakistan est probablement plus un signal vis à vis du Congrès pour montrer que le Département d’Etat sait qu’il fait, qu’un indicateur de réel plan visant à « changer de monture en cours de route ».

Et si les Etats-Unis perdaient le Pakistan

En dépit des inquiétudes quant à l’influence croissante de la Chine dans la région, « perdre » le Pakistan – manœuvre audacieuse improbable mais pas impossible – pourrait être la décision la plus profitable que Washington ait prise dans sa guerre contre le terrorisme depuis le 11 Septembre et l’Inde pourrait en bénéficier même plus que les Etats-Unis, estime James Overdorf.

Pour New Delhi, la Chine utilise le Pakistan comme un moyen pour contrer la montée de l’Inde en tant que puissance régionale, tandis que Pékin voit le partenariat stratégique grandissant entre l’Inde et les Etats-Unis comme faisant partie d’un effort plus large visant à empêcher la Chine de développer des intérêts au delà.

Mais même s’il y a plus qu’un peu de vérité dans ces perceptions, les Etats-Unis peuvent avoir l’opportunité de créer un nouveau paradigme concernant la politique de la région avec un changement dans sa façon de voir le Pakistan – gagnant paradoxalement de l’influence en cédant du pouvoir.

Pendant 50 ans, l’Amérique s’est efforcée de se créer un allié fort, démocratique, au Pakistan, en versant des milliards de dollars d’aide économique et militaire, pour voir avec horreur qu’il est devenu un des pays les plus virulents anti-américains dans le monde et une couverture et un soutien du terrorisme, fait valoir Lawrence Wright, dans un numéro récent du New Yorker.

Avec toute cette aide déversée au travers de l’établissement militaire et de l’ISI (Inter-services Intelligence Directorate), il semble, que l’argent américain a donné le pouvoir à un régime pas très clair d’agents secrets et de soldats aux dépens du gouvernement légitime. Mais ce n’est pas une raison pour fermer tous les robinets, alors qu’Islamabad cherche à obtenir un rôle dominant au Pakistan dans l’Afghanistan de l’après guerre.

Washington pourrait sauver des milliards de dollars par an et en même temps impliquer Pékin, en lui assurant une égale responsabilité pour garantir la sécurité de chacun dans son propre camp, compte tenu des peurs chinoises d’isolation et d’encerclement. Plus important, assurer à la Chine que sa responsabilité conduirait vraisemblablement Pékin à prendre un rôle de leadership dans la gestion et la réforme du Pakistan, plutôt que de semer le doute sur les Etats-Unis qui serait censé « mener le troupeau ». Il montrerait aussi une réalité simple : la Chine exerce déjà plus d’influence sur le Pakistan que les Etats-Unis. « Je ne pense pas que les américains ont assez fait assez pour toucher la Chine », estime Christine Fair.

Les relations Chine-Pakistan

De plus, peurs paranoїaques mises à part, Pékin a montré à plusieurs reprises qu’il n’avait aucun intérêt à pousser le Pakistan sur le bord. En 1999, les chinois sont allés à l’encontre de Pervez Musharraf en refusant de le soutenir dans la guerre du Kargil contre l’Inde, par exemple. De la même façon, c’est Pékin (pas Washington) qui a amené le gouvernement pakistanais à envoyer des troupes pour déloger les militants islamiques barricadés lors du siège du Lal Masjid (confrontation entre les militants islamiques et le gouvernement pakistanais en 2007).

Et plus récemment quand le premier ministre pakistanais Yousaf Raza Gilani a demandé l’aide de la Chine suite à la décision de Washington de supprimer 800 milliards de dollars d’aide militaire, Pékin a gardé un silence délibéré.

C’est le Pakistan qui veut la Chine plus que la Chine veut le Pakistan”, déclarait Suba Chandran, directeur of the New Delhi-based Institute for Peace and Conflict Studies.

Ni les Etats-Unis, ni l’Inde ne peuvent être à la hauteur de la Chine quand il s’agit de jouer serré avec l’établissement militaire pakistanais. Mais les deux partenaires stratégiques pourraient passer un important accord, plus pour promouvoir les institutions civiles pakistanaises s’ils se concentrent sur le commerce, d’après Shuja Nawaz, directeur du of the South Asia Center of the Atlantic Council.

Avec la suppression des blocages routiers, le commerce entre l’Inde et le Pakistan pourrait être boosté, passant de 2 milliards $ aujourd’hui à 42 milliards $ par an – créant une nouvelle impulsion vers la paix qui pourrait s’étendre jusqu’à l’Afghanistan.

« La pression va monter pour que les établissements militaires tiennent des propos modérés et arrêtent de se parler comme des adversaires car les deux économies vont être de plus en plus être liées », ajoutait Shuja Nawaz.

(Source : Global Post, par James Overdorf, 8/8/2011, Traduction Ma. Padioleau)

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